Le Moi-Cyborg. Psychanalyse et neurosciences de l’homme augmenté

 

La note d'Aleksandra Pitteri, dans Le Carnet PSY, juin 2019, p. 15-16 sur le livre: Le Moi-Cyborg. Psychanalyse et neurosciences de l'homme augmenté de Frédéric Tordo

Depuis de nombreuses années, Frédéric Tordo s'interroge avec un enthousiasme intact sur le rapport de l'homme aux technologies (monde virtuel, robots, objet connecté,…). Le succès de ses idées provient à la fois de la rigueur de son travail de recherche tout comme de l'engagement à rendre sa théorie accessible au grand public.

Ainsi, dans son livre «Le Moi-Cyborg. Psychanalyse et neurosciences de l'homme connecté », l' auteur sort des alcôves de la psychanalyse pour saisir , de la manière la plus vaste possible, l'ampleur de la connexion de l'homme à ses artefacts. Pour ce faire, il puise dans les domaines des neurosciences, de la bionique ou encore dans le monde virtuel. Il s'entoure également de spécialistes venant d'horizons variés: psychiatres ( Préface de Serge Tisseron), philosophes ( Postface  de Bernard Andrieu), ou artistes (interviews de recherche avec Yann Minh ou Lukas Zpira). Et s'il a plusieurs cordes à son arc, c'est parce que l'enjeu est de taille: la naissance d'un nouveau sujet, le Sujet-Cyborg!Un homme lié à la machine au point de crée une identité à part, dont la première des caractéristiques est l'adaptation constante à l'environnement technologique, à l'instar d'une pieuvre qui change de propriétés au gré des circonstances. 

La création de cette entité hybride remet en question les frontières entre le normal et le pathologique. Pour autant, F. Tordo échappe à l'imaginaire social de soumission humaine à la technologie et défend l'hypothèse de l'augmentation corporelle et psychique fondée sur la réciprocité des relations entre l'homme et les machines. nous créons les objets et l'utilisation de ces objets nous transformes. 

Le positionnement pris par l'auteur dans ce livre est limpide. Il s'agit d'accompagner le lecteur dans la découverte de la genèse et du fonctionnement de l'homme connecté. Nous découvrons alors au fil des chapitres trois étapes successives de sa constitution.

Tout d'Abord ( Avant-propos ), intervient le contact direct de l'homme avec la technologie conduisant vers la création du Cyborg, «un individu qui se connecte d'une manière plus ou moins permanent, à une ou plusieurs technologies" tant externe (smartphone) qu'interne (cœur artificiel). Cette adjonction entraine naturellement certaines métamorphoses du fonctionnement corporel et psychique par lesquellles nous sommes tous peu ou prou concernés. 

Le deuxième volet de notre découverte s'ouvre sur l'adaptation neurobiologique à l'hybridation humaine. La mutation s'opère surtout au niveau cérébral par la création d'un nouveau schéma corporel incluant la technologie (l'exemple d'une jambe artificielle). Un être humain acquiert alors une forme de conscience neurobiologique de son lien avec la machine. Cette conscience est nommée par l'auteur le Soi-Cyborg ( Chapitre I ).

Enfin, le troisième acte de la modification s’opère dans la stratégie psychodynamique. Il s'agit de l'émergence d'un nouveau lieu topique: le Moi-Cyborg. Sa conception peut être comparée à celle du Moi-peau théorisée par Didier Anzieu. Le parallèle établie paraît tout à fait pertinent si on accepte le postulat de l'étayage du Moi-Cyborg sur la peu technologique, de la même manière que le moi-peau s'enracine dans la peau biologique (Chapitre II ).

Outre la ressemblance conceptuelle entre deux instances psychiques, l’auteur attire notre attention sur leurs similitudes fonctionnelles (Chapitre III). Ce constat prend toute son importance à l’évocation de la fragilité du Moi. Deux cas de figure sont alors envisageables. Soit « les fonctions du Moi-Cyborg compensent une « pathologie » des fonctions du Moi-peau », et dans ce cas le Moi-Cyborg est employé comme une prothèse.

Soit il crée de nouvelles fonctions qui remplissent le rôle d’une orthèse psychique. La technologie devient alors, par sa qualité et sa complexité, « l’espace d’une création identitaire » au potentiel mutatif infini. Comme cela est montré dans la présentation de cas cliniques particulièrement éclairants (Chapitre V).

En tout état de cause, c’est seulement cette troisième et dernière phase de la mutation de l’homme connecté qui permet l’appropriation subjective de l’hybridation et peut donner  naissance au Sujet-Cyborg avec son fonctionnement psychique, ses fantasmes et ses affects (Chapitre IV). La technologie devient alors indispensable à la poursuite de l’existence du sujet et contribue à l’harmonisation de sa vie psychique et corporelle, faisant entrer le Sujet-Cyborg dans les critères de la normalité humaine.

Ainsi, Fréderic Tordo nous invite à nous interroger, tout au long de ce livre, sur notre capacité de compréhension et d’acceptation de cette mutation sociétale et humaine fondamentale, qui est la naissance du Sujet-Cyborg. En nous accompagnant dans cette démarche, l’auteur se présente avant tout en tant qu’humain éprouvant ces changements et clinicien envisageant la possibilité d’« inviter » dans notre travail clinique la formation du Moi-Cyborg.

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