Rencontre avec Alain Braconnier autour de son livre "La menace dépressive à l'adolescence"


Dans l’imaginaire collectif, l’adolescence rime bien souvent avec l’impertinence, la désinvolture où l’entêtement exacerbé qui dépassent l’entendement des parents ou des enseignants. Les psychologues, les psychanalyses ont coutume de comprendre ces acting out comme les manifestations bruyantes d’une dépression en filigrane ou comme la suite logique des angoisses pubertaires.

Alain Braconnier, psychiatre, psychologue et responsable de la formation l’APEP (Association Psychanalyse et Psychothérapies) à l’hôpital Pitié-Salpêtrière, a consacré quarante années de sa vie professionnelle à comprendre et à accueillir les adolescents. Il partage avec nous cette expérience dans son livre « La menace dépressive à l’adolescence » (Edition Erès, 2019) dans lequel il présente une vision bien particulière de cette période de la vie.

 

A.Pitteri : Vous relever dans votre livre quelques concepts-clés qui vous paraissent importants dans la compréhension de l’adolescent.

Comme le titre l’indique, la notion centrale de votre réflexion est celle de la menace dépressive. Pourriez-vous expliciter à quel type de menace les adolescents seraient ils confrontés, que chercheraient-ils à éviter ?

 

A.Braconnier : L’adolescence est une période de développement qui psychologiquement se caractérise par un changement profond de l’être humain au monde et à lui-même. Ce changement, comme tout changement fait que ce qui était n’est plus comme avant. Cela s’accompagne de nouveaux désirs mais aussi de certaines craintes. Les habitudes, les appuis, les connaissances, les attachements se transforment. Le sujet est en quête de nouveauté mais a besoin en même temps de continuité dans sa vie relationnelle et psychique. Cela rappelle pour une part ce qu’on appelle « le travail de deuil » : ce qui était n’est plus mais appelle de nouveaux liens. Les adolescents sont donc confrontés à ces enjeux et cherchent à éviter de les subir par de multiples attitudes pour y faire face.

 

A.P. : Votre description de la menace dépressive engage une réflexion sur l’adaptation du travail psychothérapeutique face à cette unité psychopathologique bien à part puisqu’elle se situe à la lisière des affections bien catégorisées comme la dépression ou l’angoisse. Ce qui change, me semble-t-il, considérablement la manière d’appréhender les symptômes. Selon vous, comment devrions-nous adapter notre travail en psychothérapie face à cette menace dont souffre l’adolescent ?

 

A.B. : Le travail de psychothérapie peut répondre aux demandes explicites des parents et même des adolescents eux-mêmes concernant leur comportement fait d’essais et d’erreurs pour trouver le meilleur apaisement possible dans cette période « troublée ». Mais le travail psychothérapique se doit aussi d’être au plus proche de ce que vit intimement les adolescents, ses émois, ses doutes, ses certitudes passagères. Ici une compréhension allant au-delà des simples apparences est indispensable pour être au plus près de la dynamique latente qui heureusement ne se fige que chez ceux qui sont le plus en souffrance. La référence à une menace devient ainsi beaucoup plus dynamique qu’un état installé, structuré comme on peut le rencontrer chez des sujets plus âgés. C’est la raison pour laquelle j’ai préféré le terme de menace dépressive que de dépression.

 

A.P. : Vous précisez très justement que le travail psychothérapeutique avec les adolescents est ponctué bien souvent de brusques ruptures de traitement ou du refus ostentatoire d’entrer en contact avec le thérapeute. Vous proposez alors la compréhension de ces passages à l’acte à travers une formule succincte et particulièrement éclairante : « ne pas s’éprendre par peur de ne pas pouvoir se déprendre ». Pourriez-vous nous en dire quelques mots.

 

A.B. : Contrairement aux apparences, les adolescents ont besoin de se sentir aimé comme ils pouvaient l’être quand ils étaient enfants. Ils sont en quête d’amour et aussi en quête d’absolu. Tout risque de séparation devient une menace, tout manque d’amour est ressenti profondément comme un abandon. La relation avec le thérapeute contient cet enjeu transférentiel.  Le thérapeute doit donc être tout autant attentif aux demandes excessives d’amour qu’il perçoit plus ou moins difficilement en raison des formes paradoxales que cette demande peut prendre que des demandes apparentes de mise à distance que l’adolescent exprime par des agir rompant apparemment le traitement.   

 

A.P. : Dans votre livre, vous incitez également le lecteur à prendre très au sérieux le besoin d’idéalité de l’adolescent, comme par ailleurs de tout un chacun. Ce fameux « besoin de croire » dont parle si bien Julia Kristeva semble être un noyau de notre développement et fonctionnement psychique. Pourquoi l’adolescent a besoin de cette idéalité et à quel moment peut-elle se transformer en « maladie d’idéalité » que vous évoquez dans vos écrits ?

 

A.B. : L’adolescence est aussi l’âge de tous les possibles, physiques, sexuelles, sociaux, intellectuels, relationnels. Mais quand tout est possible, il faut faire des choix et donc savoir aussi renoncer. En cela psychiquement l’idéalité est « à porter de main » mais la désillusion aussi. Certains auront des difficultés à rester dans un Idéal du Moi, ce que « j’aimerais être » ou avoir, et un Moi idéal, ce qui fait que «  je suis tout puissant », retrouvant alors les fantasmes infantiles de la première enfance.

 

A.P. : Un des concepts que vous évoquez dans vos écris attire particulièrement l’attention dans le contexte de l’adolescence ayant pour horizon l’aboutissement à une certaine transformation psycho-corporelle. Je pense ici à la « quête de l’inachèvement » qui vous parait importante à prendre en compte non seulement dans la vie adolescente mais à tout moment de notre existence.

 

A.B. : L’inachèvement permet à chacun de continuer à désirer, à construire des projets, à avoir une suffisante ténacité afin qu’ils se réalisent mais contient aussi la reconnaissance d’un manque qui s’il n’est pas accepté peut être source de souffrance, d’impuissance et même pour certains de désespoir.

 

La note d'Aleksandra Pitteri, dans Le Carnet PSY, juin 2019, p. 15-16 sur le livre: Le Moi-Cyborg. Psychanalyse et neurosciences de l'homme augmenté de Frédéric Tordo

Après de longues années de réflexions scientifiques et cliniques, l'OMS s'est prononcée officiellement en juin 2018 sur l'existence du "trouble du jeu vidéo"

La note d'Aleksandra Pitteri parue dans Le Carnet PSY décembre 2017-janvier 2018 p. 17-18 sur le livre : L'enfant, les robots et les écrans. Nouvelles médiations thérapeutiques. Sous  la direction de Serge Tisseron et Frédéric Tordo. 

Alain Ducardonnet, "S'ouvrir aux autres pour déconnecter des écrans", Aujourd'hui en France - Magazine N ° 5782 - vendredi 15 septembre 2017

Vous êtes de plus en plus accro aux jeux vidéo? Des solutions existent pour atténuer cette dépendance. 

Ma première rencontre avec la « médiation robotique » en psychothérapie s’est avérée pour ainsi dire déstabilisante. En effet, l’idée même d’introduction des machines à l’endroit où l’essence de l’être humain est censée exister sans complexes me paraissait paradoxale !

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